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Haute surveillance |
Peut-on maîtriser ce que l’on est ? Quelle place a la fatalité ? Pouvons-nous savoir qui nous sommes ? Et comment cette recherche d’identité, puis cette connaissance de nous-même, influencent nos comportements ? Comment se connaît-on et comment devient-t-on soi-même ? Quel est le rôle de l’autre ?Voilà quelques-unes des questions qui déterminent notre volonté de monter Haute surveillance. Car cette quête est souvent au cœur de nos interrogations et Genet apporte ici une expérience et une sensibilité singulière pour tenter de trouver sa propre réponse.
Pour mener cette réflexion, nous allons entrer dans un monde à part, avec ses règles, ses codes et sa hiérarchie. Une scène du monde et de notre conscience où nos sensations d’homme peuvent éclater. Fondé sur l’imaginaire de Jean Genet, sur sa prison de « rêve », nous serons dans un lieu plus proche de nous-même, un lieu où l’homme est finalement seul, où « les histoires ne peuvent vivre qu’entre quatre murs », et où le temps peut se métamorphoser. Le point de départ est une cellule de prison qui respire le sacré, évoquant une cathédrale ou le lieu d’une cérémonie païenne, un de ces espaces que les hommes ont eu besoin de créer pour pouvoir communier avec eux-mêmes et les morts
Dans ce lieu étrange, « qui n’existe pas tout à fait », le spectateur, prenant en quelque sorte la peau des surveillants de prison, va être convié à un rituel teinté d’angoisse, celui du « sacre » d’un assassin. Mais pour Yeux-Verts, à la fois chef de la cellule et maître de cérémonie, cela est un véritable gâchis : on ne peut pas choisir le malheur, comme le fait Lefranc, le futur meurtrier. Celui-ci croit se connaître. Il fait tout pour devenir un caïd, pourtant il est fait pour autre chose, peut-être chanter la prison. La cérémonie mettra en évidence ses difficultés à trouver sa véritable identité. Le maître de cérémonie parlera ensuite de sa propre expérience. Il montrera comment à cette époque, « la fatalité a pris la forme de [ses] mains », comment il a essayé de lutter contre le malheur avant d’être rattrapé par son destin, puis comment il a dû accepter la réalité et devenir ce que seul le destin a voulu qu’il soit : un grand criminel. Enfin ce sera l’étape finale du rituel : le sacrifice, l’épreuve du sang nécessaire à Lefranc pour qu’il devienne un vrai malfrat. Mais on verra que cela ne méritait pas les honneurs.
Nous ne prendrons pas Haute surveillance d’un point de vue réaliste. L’espace scénique sera en grande partie dégagé afin de laisser la priorité aux acteurs, à leur parole, à la langue si particulière de Genet et aux relations qui vont se créer entre les personnages. Au fil de la pièce, le jeu évoluera progressivement vers une certaine lenteur, pour arriver peut-être au final, au moment du crime, à une lente chorégraphie et à une sorte d’ « engourdissement des sens » proche de la mort. Nous essaierons d’éviter anecdotes et artifices, à l’image de ce texte ramassé au fil des ans. La musique, la lumière qui jouera sur les zones d’ombre et de clarté, quelques simples appuis de jeu ou éléments de décor permettront enfin de donner cette ambiance sacrée que nous voulons conférer à ce spectacle.
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