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CHUT... SILENCES DE CHET

Texte et Mise en scène : Dounia Bouhajeb
Avec : Nidal Qannari (comédien) et Thibaud Bonté (trompettiste)
Lumières : Patrick Marchand
Scénographie/Plateau : Pierre Bourel
Collaboration artistique : Sylvie Dalloz
Durée : 1h15

Le texte
Que l’on connaisse ou non Chet Baker, ce texte questionne et rappelle ce que nous sommes ou pouvons être, sa propre histoire, ses propres angoisses, ses faiblesses, ses forces… On peut aussi se prendre au jeu de la découverte de cet homme, cet artiste, cet « ange noir » comme beaucoup l’ont appelé. Peut-être que le principal enjeu de ce texte est de parler de Chet Baker l’homme, et à travers lui, parler des hommes… Bien sûr, il y a aussi l’amour du jazz, ce jazz si particulier dont Chet Baker est un représentant : le « cool jazz », si doux, si fin, dont il savait nous bercer au son de sa trompette et de sa voix suave. Mais parler de Chet, c’est aussi évoquer la drogue, les chemins sinueux et chaotiques qu’elle dessine sur la peau, le visage et l’âme.
L’écriture de ce texte comme une composition musicale... Composer des mots, composer avec les mots pour qu’en jaillisse une partition. La présence du musicien est mentionnée dans les didascalies. Ces interventions font partie intégrante du texte. Formellement ce texte est sans doute un monologue, mais c’est aussi un véritable dialogue.

L’espace
Dans un espace quasi nu, Chet erre de Si, de La… Il vagabonde dans cet espace ne trouvant pas d’issue à son chemin-chagrin. Il cherche comment se sortir de là-trepas,, comment s’en sortir, comment sortir de lui, sortir ce qu’il a en lui depuis si longtemps, ces choses qu’il ne dit jamais…avec des mots…toutes les cachettes de son âme. Cette prison dans laquelle il se promène n’est sans doute que le reflet de sa propre prison intime, secrète. Et la musique parcourant le lieu créera l’espace. Elle lui donnera toute son étendue, nous berçant au son de la trompette. La musique qui fait l’espace. Et puis, comme un soutien, la lumière viendra en éclairer chaque recoin passant de l’ambre, du clair-obscur à la douceur du gris crépusculaire, à la chaleur de l’aube, créant du brouillard, des rayons filtrés par des persiennes donnant à voir ainsi un univers brassé, bouleversé par les méandres, les toiles d’araignée tissées dans la tête de cet homme. C’est sans doute sur un plateau nu, dépouillé de tout élément pouvant parasiter l’écoute que ce spectacle doit se construire.

L’acteur au centre du travail. Le monologue, tout un défi…
Sur le plateau, un acteur et un musicien, tous les deux maîtres d’œuvre du spectacle. Ces deux corps, à la fois sur le plateau et hors du plateau, amèneront toute la dimension de la figure de Chet Baker. L’activité et l’expérience sensorielles seront la clé du travail sur la scène et celle de la réception dans la salle. En effet, cette partition textuelle mais aussi musicale joue avec les sens, elle les convoque. Le choix de faire appel à deux acteurs pour monter ce spectacle, ce monologue, tient au fait que sous les mots on entend la musique, en voix par la parole et en trompette par les notes. Deux acteurs, musicien et comédien, pour saisir toute la substance de Chet Baker. Deux acteurs-relais dont le témoin est la musique.
Mais la musique c’est aussi le silence. Sur le chemin des histoires de Chet, le silence viendra donner la force, la tension. Il se glissera entre les mots et les notes offrant ainsi « des moments de pause tout au long du voyage ».
Le travail sera d’abord corporel. En effet, nous entrerons dans le texte par le biais du corps. Travailler sur et avec le corps des acteurs avant de faire intervenir le texte dans la bouche me paraît essentiel. Pour rendre le texte nécessaire, il faudra que le corps soit assez réceptif pour se transformer en filtre pour le texte, le rendre nécessaire. Comme le dit Valère Novarina, « faire passer le texte par chaque pore de la peau ». Pour cela, il faut un véritable entraînement physique. Mots et musique ne sont là que pour montrer un corps. Un corps qui se raconte en mots et en notes et que l’on verra exister à différents moments de son histoire.