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QUARTETT

d’après Heiner Müller

Conception : Claire Maugendre

Créé en collaboration avec et interprété par : Julien Herrault et Enora Malagré

Traduction : Jean Jourdheuil et Béatrice Perregaux
Durée approximative : 1h20

 

Quartett. En attendant la révolution.

Müller, dont la pensée politique iconoclaste n’a cessé d’éclairer la deuxième moitié du XXe siècle, aimait à dire que Quartett était une pièce sur le terrorisme. Pièce sur la fin des idéaux qu’il serait risqué de confondre avec le lustre des Lumières et d’enfermer dans des bustiers pigeonnants et des perruques poudrées. Les codes du libertinage, ces transgressions des règles de la bienséance qui faisaient les délices de la Marquise et du Vicomte des Liaisons Dangereuses, n’ont plus cours dans le vacuum chaotique de Quartett. Le feutre des salons et du papier à lettres a laissé place au ring et à l’animalité d’un corps à corps où Merteuil et Valmont se trahissent et s’entretuent désormais face à face. Un bunker d’après la troisième guerre mondiale, annonce Müller en préambule.Un huis clos, entre deux grands mouvements révolutionnaires. A l’heure de l’extinction d’une race ?
Ce qui fascine alors, c’est l’extraordinaire vitalité verbale qui anime malgré tout ces deux libertins, s’amusant à travestir la langue des aristocrates. S’il n’y avait qu’une chose à garder de Laclos, ce serait donc la jeunesse de ce couple infernale. Si jeunes et déjà morts. Enfants terribles habitués aux jeux de massacres et désabusés comme seul l’autorise leur âge ingrat, un peu maudit. D’une lucidité perçante et rongés par chaque minute qui passe sans eux, ils pressentent partout la mort qui rôde et dont ils se font complices. Ignorant de leurs corps et des sentiments, à la fois homme et femme, ils discourent d’une jouissance qu’ils ne connaissent pas et s’inventent, désoeuvrés, des combats à mort. Prisonniers d’un temps inerte, ils n’ont trouvé que ça pour nourrir le néant dans leur âme qui réclame sa pâté.

De jeunes comédiens, donc. Et des images brutes en place de décor, pour raconter aujourd’hui la mascarade effrénée et sans joie de ces éternels adolescents qui attendent la révolution comme leurs ancêtres, Godot. Investir leur jeu de rôle désespéré et reconnaître leur violence masturbatoire, à notre époque où les miroirs déformants maquillent le paysage, où la sexualité est un objet marketing de consommation et la politique passée de mode. Tandis que la mort semble désormais encadrée aux deux extrêmes par les rêves de clonage d’un côté et de l’autre un terrorisme qui s’idéologise.